L’illusion du « l’IA fait tout »
On l’entend partout : « L’IA va remplacer les développeurs », « Plus besoin de savoir coder », « Il suffit de demander un site à ChatGPT ». C’est tentant, et c’est risqué.
J’utilise l’IA tous les jours. Claude Code a écrit une bonne partie du code de mon site. Après un an de pratique, j’en retiens surtout une chose : elle rend service à quelqu’un qui sait ce qu’il fait. Aux autres, elle donne surtout l’impression de savoir.
L’IA ne voit pas votre projet en entier
Une IA, même très bonne, n’a pas de vue d’ensemble. Elle voit le fichier ou la question que vous lui donnez, pas le reste. Elle ignore par exemple que votre serveur tourne avec des permissions trop ouvertes, que votre formulaire de contact stocke des données personnelles sans consentement, que votre site n’a pas de politique de confidentialité conforme à la LPD, que votre certificat SSL expire la semaine prochaine, ou que votre sauvegarde n’a jamais été testée.
Elle produit du code qui tourne. Mais un code qui tourne n’est pas forcément un code correct.
Un exemple concret
Mettons que vous demandiez à une IA : « Crée-moi un formulaire de contact avec envoi par email. »
Vous obtiendrez un formulaire propre, qui marche, joliment présenté. Très bien. Reste à savoir ce qu’elle aura oublié :
- Valider les entrées côté serveur pour bloquer les injections : peut-être, peut-être pas.
- Ajouter un CAPTCHA ou un honeypot contre le spam : rarement par défaut.
- Informer l’utilisateur que ses données sont traitées selon la LPD ou le RGPD : non.
- Configurer SPF et DKIM sur votre domaine pour que les emails n’atterrissent pas dans les spams : je ne l’ai jamais vu faire.
- Chiffrer la connexion entre le formulaire et le serveur d’envoi : seulement si vous le demandez.
Pour chacun de ces points, il faut savoir que la question existe. L’IA ne vous la posera pas.
Les risques réels
On peut démarrer un projet sans rien y connaître, et même aller assez loin. Les ennuis arrivent au premier imprévu.
Sécurité
L’IA peut générer du code avec des failles : une clé API en dur dans le HTML, un endpoint sans protection, une requête SQL non paramétrée. Si vous ne savez pas ce qu’est une faille XSS, vous ne verrez pas que votre site en a une.
Données personnelles
En Suisse, la LPD (loi fédérale sur la protection des données) fixe des règles claires, et le RGPD européen va plus loin. Un formulaire, un cookie d’analytics, un système de réservation : tout ça collecte des données personnelles. Il faut savoir ce qui est permis.
Dépendance aveugle
Le pire cas, c’est de laisser l’IA tout faire. Vous obtenez un site, vous le publiez, et vous ne savez pas ce qui tourne derrière. Le jour où quelque chose casse (et ce jour arrive), vous êtes bloqué.
Ce que l’IA fait très bien
Je ne dis pas qu’il faut s’en passer. C’est l’outil qui a le plus changé ma façon de travailler.
Elle est très bonne pour accélérer l’écriture du code, explorer plusieurs façons de résoudre un problème avec des exemples à l’appui, et débugger : vous collez un message d’erreur, elle vous l’explique. Pour une première maquette, je n’ai rien trouvé de plus rapide.
Et surtout, elle aide à apprendre. Elle explique un concept, montre un exemple, puis un autre si le premier n’était pas clair. C’est probablement l’usage que je préfère.
Ce que l’IA ne fait pas
Elle ne vérifie pas que votre projet respecte la loi et ne connaît pas la configuration de votre serveur. Si votre site se fait pirater, la responsabilité reste la vôtre. Vos clients et vos contraintes, elle ne les connaît que si vous les lui expliquez. Quant à la formation, elle ne la remplace pas.
Mon approche
Avant de me servir de l’IA pour développer, j’ai appris les bases :
- les réseaux : DNS, HTTP et HTTPS, le fonctionnement d’Internet ;
- les serveurs : CloudPanel, SSH, déploiement, permissions ;
- la sécurité : certificats SSL, en-têtes de sécurité, bonnes pratiques ;
- le droit : LPD, RGPD, cookies, consentement ;
- l’architecture : site statique ou dynamique, API, bases de données.
C’est ce bagage qui me permet de bien utiliser l’IA. Je sais quoi lui demander, je peux relire ce qu’elle produit, et je repère quand elle se trompe. Ça arrive plus souvent qu’on ne le croit.
Comprendre avant de déléguer
Si vous voulez vous servir de l’IA pour créer quelque chose, et je vous y encourage, commencez par apprendre comment les choses fonctionnent. Demandez « comment ça marche ? » avant « fais-le pour moi ». Le jour où le site tombe, c’est ce qui vous permettra de le relancer.
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