Le meilleur usage de l’IA : apprendre
Si je ne devais garder qu’un usage de l’intelligence artificielle, ce serait celui-là : apprendre.
Je ne parle pas de lui faire faire vos devoirs ou de copier-coller du code sans le lire. Je parle de comprendre, au point de pouvoir refaire la même chose sans elle le jour où il le faut.
J’utilise Claude et Euria tous les jours, et l’IA m’a permis d’avancer nettement plus vite dans ma formation en informatique au CHUV et à l’EPSIC. Voici comment je m’y prends.
Comment utiliser l’IA pour apprendre
1. Demandez d’abord des explications
La tentation est grande : « Fais-moi un serveur web en Node.js ». Vous obtenez du code qui fonctionne. Vous n’y comprenez rien, et vous n’avez rien appris.
Essayez plutôt :
- « Explique-moi comment fonctionne un serveur web. Qu’est-ce qui se passe quand je tape une URL dans mon navigateur ? »
- « Quelle est la différence entre HTTP et HTTPS ? Pourquoi c’est important ? »
- « Comment fonctionne le DNS ? Explique-moi étape par étape. »
L’IA vous répond à votre niveau, avec des exemples. Et vous pouvez reposer la même question cinq fois sans que personne ne soupire.
2. Faites-vous interroger
Quand vous pensez avoir compris, demandez à l’IA de vous tester :
- « Pose-moi 5 questions sur le fonctionnement du DNS pour vérifier que j’ai compris »
- « Voici ce que j’ai compris de HTTPS : [votre explication]. Est-ce correct ? Qu’est-ce que j’ai raté ? »
- « Donne-moi un scénario où un certificat SSL mal configuré pose problème »
L’IA sait simuler des situations proches de ce que vous rencontrerez en production. Vous vous entraînez sur des pannes qui ne cassent rien.
3. Le code, après la théorie
Une fois la théorie en place, demandez du code, avec les explications qui vont avec :
- « Montre-moi un exemple de requête HTTPS en JavaScript et explique chaque ligne »
- « Voici mon code : [votre code]. Quelles sont les failles de sécurité ? »
- « Comment améliorer ce formulaire pour qu’il soit conforme à la LPD ? »
Vous passez de « je copie du code » à « je comprends du code ». C’est à partir de là qu’on progresse vraiment.
Les fondamentaux à maîtriser
Voici ce que je considère comme le socle minimum avant de se lancer dans le développement web, avec ou sans IA.
Comment fonctionne Internet
- Le DNS, qui transforme un nom de domaine en adresse IP. Il faut connaître les enregistrements A, CNAME et MX, et comprendre la propagation et le TTL.
- HTTP et HTTPS : ce qu’est une requête, une réponse, un code de statut (200, 404, 500), et pourquoi HTTPS est obligatoire.
- L’hébergement : la différence entre mutualisé, VPS et serveur dédié, ce qu’est SSH et comment se connecter à un serveur.
Sans ces bases, impossible de déployer un site correctement. L’IA peut vous écrire un code impeccable : sur un serveur mal configuré, il ne marchera pas.
Les bases de la sécurité
- les certificats SSL, à quoi ils servent et comment les installer (Let’s Encrypt) ;
- les en-têtes de sécurité comme Content-Security-Policy, X-Frame-Options ou HSTS ;
- les injections (XSS, injection SQL) et les bases de l’OWASP ;
- les mots de passe et l’authentification : hachage, tokens, sessions.
L’IA peut générer du code vulnérable sans le signaler. Si vous ne connaissez pas les failles courantes, vous ne les verrez pas non plus.
La protection des données
- La LPD, la loi fédérale suisse sur la protection des données, et ce qu’elle impose à un site web.
- Le RGPD européen, qui vous concerne dès que vous avez des visiteurs dans l’Union européenne.
- Les cookies et le consentement : quand le demander, et que mettre dans votre politique de confidentialité.
- Les formulaires : quelles données vous collectez, combien de temps vous les gardez, qui y a accès.
La conformité légale est une obligation, et l’IA ne la vérifiera pas à votre place.
L’hébergement et le déploiement
- le build, l’étape où le code source devient un site publiable ;
- le transfert sur un serveur (SCP, FTP, CI/CD) ;
- les permissions (chmod, chown) et leur rôle dans la sécurité ;
- les sauvegardes, et pourquoi il faut tester la restauration avant d’en avoir besoin.
Le code n’est qu’une partie de la mise en ligne. Et votre serveur, l’IA ne s’en occupe pas.
Mon parcours
Ma formation de développeur de business numérique au CHUV et à l’EPSIC couvre les bases. J’ai complété le reste par moi-même, avec l’IA comme outil d’apprentissage :
- J’ai appris à gérer un VPS sous CloudPanel, à configurer des domaines et à installer des certificats SSL, en demandant à Claude de m’expliquer chaque étape.
- Avant d’écrire une ligne avec Hugo, j’ai voulu comprendre comment fonctionne un générateur de site statique, en posant des questions sur les templates Go, le routing et les bundles.
- Le système de réservation de mon site (900 lignes de JavaScript) m’a obligé à comprendre les API, le parsing ICS et la programmation asynchrone.
- Je me suis servi de l’IA pour auditer mon propre site, côté sécurité et conformité, et pour repérer ses failles.
À chaque étape, l’IA m’a servi à comprendre ce que je faisais, plutôt qu’à le faire à ma place.
Le piège à éviter
Le piège, c’est de tout faire faire à l’IA sans jamais rien apprendre. Vous obtenez un résultat, vous le publiez, vous passez au suivant. Puis un jour, quelque chose casse, et vous ne savez pas pourquoi.
Sans connaissances, l’IA est un raccourci qui mène droit dans le mur. Avec des bases derrière, elle vous fait gagner beaucoup de temps, et dans la bonne direction.
Alors posez la question « pourquoi ça marche ? » une fois de plus que nécessaire. Elle ne coûte rien, et c’est elle qui vous sauvera le jour de la panne.
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